19 avril 2009

Durban II, la bataille des droits de l'Homme, Journal du Dimanche

Par Soazig QUEMENER

On ne dit pas "Durban II". Pour les diplomaties européennes, le terme est tabou. Quand elles évoquent la réunion qui se tient à partir de lundi à Genève sous l'égide des Nations unies, elles préfèrent parler de "Conférence
d'examen de la conférence contre le racisme de 2001 en Afrique du Sud, à Durban". Une périphrase qui ne suffira pas à faire oublier l'ombre portée sur cette nouvelle réunion mondiale par la calamiteuse Durban I.



A l'origine, il était question de lutte contre la discrimination raciale, la xénophobie et l'intolérance. Après sept jours de débats houleux, Durban I s'était achevée le 9 septembre 2001 dans le chaos. La réunion s'étant focalisée sur le conflit au Proche-Orient, Israël et les Etats-Unis avaient quitté avec
fracas la table des négociations. En parallèle, le forum des 6000 ONG avait accouché d'un monstre avec une déclaration qualifiant Israël d'"Etat raciste".

Des tracts avaient été distribués qui regrettaient la défaite d'Hitler. "J'avais été surprise par la violence des militants, se souvient l'essayiste et journaliste à Charlie Hebdo Caroline Fourest. Depuis, on a pu établir que tout cela découlait de la volonté organisée de groupes islamiques et djihadistes."

"Une diplomatie de façade"

Huit années plus tard, Durban II s'élance sur une triste plaisanterie: la présidence du conseil préparatoire a été confiée, après la libération des infirmières bulgares, à la Libye, la vice-présidence à l'Iran, et son rapporteur
est Cuba. Le combat réel contre la xénophobie risque d'être une fois de plus laissé de côté. On ne parlera pas à Genève, on le voit dans le texte préparatoire, du sort des femmes en Afghanistan, ni des Tibétains, des homosexuels...

"Le racisme est devenu le lieu du combat idéologique du moment", poursuit Caroline Fourest, qui présente mardi à Genève, en présence de Rama
Yade et Daniel Cohn-Bendit, un documentaire sur "la bataille des droits de l'homme". Pour la journaliste, également prof à Sciences-Po, "deux visions s'opposent: d'un côté celle de l'Iran qui veut introduire une idée de diffamation des religions pour punir le blasphème et en même veut pouvoir avancer ses thèses négationnistes, et de l'autre côté celle de l'Union européenne qui milite, elle, plutôt pour la liberté d'expression".

Pour l'historienne Malka Marcovich, consultante internationale sur les droits des femmes auprès de l'ONU, "
tout cela n'a plus grand-chose à voir avec
le combat antiraciste
". La chercheuse, auteure de Les Nations désunies (éditions Jacob-Duvernet), lit uniquement dans cette conférence des stratégies éopolitiques, "une diplomatie de façade". "
Jeudi, raconte-t-elle, le groupe africain a proposé lors des discussions préparatoires qu'il soit fait mention du génocide au Rwanda. Du coup, l'Arménie a dit qu'il était important
d'inclure tous les génocides dans la déclaration finale. La Turquie évidemment a dit qu'il n'en était pas question. Résultat, l'Iran a demandé que l'on enlève
toute mention de l'Holocauste.
"

"L'Iran veut enlèver toute mention de l'Holocauste"

L'Iran a réussi l'exploit "de prendre en otage", selon le mot de Caroline Fourest, la conférence. Son président Mahmoud Ahmadinejad a en effet annoncé sa venue à Genève lundi, la veille de Yom Ha - Shoah, jour de la commémoration de l'extermination des 6 millions de juifs pendant la Seconde Guerre mondiale. C'est peut-être là, selon les observateurs, que l'Union européenne, qui hésitait encore, hier, à participer à une conférence déjà boycottée par les Etats-Unis pourrait se faire entendre.

"Si Mahmoud Ahmadinejad sort lundi son discours habituel, je ne peux pas envisager que les pays européens restent à l'écoute sans se lever, dit Richard Prasquier, le président du Crif (Conseil représentatif des institutions juives de France).
N'oubliez pas qu'il a demandé la destruction de l'Etat d'Israël! C'est comme si Hitler s'était levé à la Société des Nations pour faire un discours sur les
droits de l'homme."


Posté par Malka Marcovich à 23:51 - - Permalien [#]
Tags :